Entre mystère et mystification
La mort de Boumediene

Par Hassina AMROUNI
Publié le 07 oct 2019
Plus de quarante ans après sa disparition, la mort de l’ancien président Houari Boumediene, qui a dirigé le pays entre 1965 et 1978, est toujours enveloppée de mystère et de non-dits et suscite des interrogations auxquelles aucun témoignage sur le sujet n’a pu, toutefois, avoir de réponse tranchante.
Les derniers jours de Houari Boumediene, à l'aéroport de Moscou, le 14 novembre 1978
Ahmed Bencherif
Chadli Bendjedid
Belaid Abdeslam
Assistance record aux funérailles de Boumediene

De nombreux médias se sont récemment intéressés à la question de la mort mystérieuse de Boumediene, et plusieurs acteurs de la scène politique algérienne avaient décidé de sortir de leur silence et de leurs réserves pour revenir sur cet épisode trouble, avec moult témoignages et radioscopies qui convergent toutes sur une mort suspecte. Plusieurs mémoires se sont étalés sur la question, dont ceux de l’ancien diplomate et conseiller attitré de Houari Boumediene, Mahieddine Amimmour, de Belaïd Abdesselam, ancien ministre de l’Energie et de l’Industrie sous Boumediene, ou encore d’Ali Kafi, ancien président du HCE.
Les révélations les plus détonantes à ce sujet ont été celles de l’ancien commandant de la Gendarmerie nationale et compagnon de longue date de Houari Boumediene, le colonel Ahmed Bencherif. Celui-ci se disait persuadé que l’auteur de la fameuse devise : « Construire un Etat qui survive aux hommes » a été empoisonné. Bencherif a déclaré qu’il était «le seul à avoir eu accès à l’ordonnance du médecin du Président», indiquant que ce dernier était « atteint d’une déficience de son système urinaire qui versait du sang». Et d’ajouter que les médecins russes n’étaient pas à la hauteur, et que si «nous l’avions transféré dans un autre pays européen pour diagnostiquer plus précisément sa maladie, nous aurions pu le sauver ».
Sur l’hypothèse de l’empoisonnement, l’ancien chef de la Gendarmerie nationale se rappellera qu’« il avait offert au Président deux chiens de race danoise qui sont morts empoisonnés, et le plus curieux est que, d’après son témoignage, les médecins russes ont retrouvé sur les deux chiens les mêmes symptômes que celle de la maladie de Boumediene », a-t-il ajouté, avant de conclure que la mort de Boumediene ressemblait «à s’y méprendre» à celle de Yasser Arafat, laquelle demeure à ce jour non élucidé, mais sur laquelle pèsent de lourds soupçons.
Les mêmes doutes ont été, pour la première fois, exprimés par le successeur de Boumediene, lui-même, en l’occurrence Chadli Bendjedid. En réponse à une question d’un hebdomadaire algérien parue le 30 décembre 2007, sur les derniers jours de Houari Boumediene, Bendjedid a affirmé qu’il ne pouvait pas trancher si son prédécesseur était mort de mort naturelle ou empoisonné,
« mais, mon impression, poursuivait-il, est que sa mort rappelle celle de Yasser Arafat».
Dans son témoignage, Chadli Bendjedid a révélé que Boumediene «avant sa mort, envisageait sérieusement d’introduire des réformes profondes dans les domaines de l’agriculture, de l’industrie et de la sécurité sociale», en attestant que durant cette période, il lui avait parlé de la nécessité de procéder à des changements dans les principales options du pays, et qu’il était conscient que de grandes erreurs avaient été commises dans l’application de la réforme agraire, de l’industrialisation et des nationalisations. C’est pourquoi, il était, selon Chadli, «déterminé à adopter une révision radicale de ces options pour assurer le développement autonome du pays et la justice sociale».
A propos de la maladie de Boumediene, le Président Bendjedid affirme avoir remarqué des signes de fatigue sur son visage, et savait qu’il souffrait de certaines douleurs, mais se souvient qu’il ne s’en plaignait pas. «Il souffrait dans le silence et avec courage», témoigne Chadli qui ne savait pas encore, à ce moment-là, que le Président était malade. Il poursuit sa narration : « Après son retour de Damas où il avait pris part à la réunion du Front de la résistance, Boumediene n’apparaissait plus en public, puis a été transféré à Moscou pour traitement, mais la maladie s’est aggravée et après son retour de Moscou, il a reçu des membres du Conseil de la révolution et du gouvernement avant d’entrer, quelques heures plus tard, dans un coma dont il ne va jamais se réveiller».
Sur cet épisode crucial, nous avons aussi le témoignage de l’ancien Premier ministre Belaïd Abdesselam, dont les Mémoires, sortis en 2007, n’avaient pas manqué de susciter quelques remous. Il a notamment déclaré que la mort du Président Houari Boumediene était «suspecte», en se disant, lui aussi, persuadé que sa mort n’était pas naturelle. « Sa mort, a-t-il avoué, reste pour moi énigmatique. Le président Boumediene m’avait lui-même confié en 1975, que sa vie était menacée par des parties extérieures, à cause de la situation explosive au Moyen-Orient. »
Plus saisissant encore est le témoignage du leader palestinien et ancien secrétaire général du FDLP, Nayef Hawatmeh qui avait comparé les circonstances de la mort de Yasser Arafat, survenue le 11 novembre 2004, avec celles de Houari Boumediene.
A une chaine de télévision arabe, il avait déclaré : « Je sais que l’ancien président algérien, Houari Boumediene, a été empoisonné de la même manière que l’a été Arafat. » Et d’ajouter : « Boumediene n’a pas pu être sauvé, sa maladie ayant été révélée à un stade avancé, bien qu’il fût encore vivant.» Hawatmeh est allé encore plus loin, en dévoilant que «des parties avaient informé les responsables algériens de l’empoisonnement de Boumediene », mais sans donner plus de détails sur qui avait informé qui dans cette histoire.

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