Le commandant Abderrahmane Bensalem, Le Lion des frontières
Témoignages sur le parcours du Commandant Abderrahmane Bensalem, l’un des glorieux baroudeurs de la Révolution algérienne.

Par La Rédaction
Publié le 17 nov 2019
Il était l’un des chefs de la Base de l’Est. Compagnon de Amara Bouglez, colonel Aouachria et Chadli Bendjedid, le commandant Bensalem était pratiquement dans tous les coups dans cette région connue pour être l’une des plus combattantes de l’Algérie. Il a connu toutes les péripéties de la guerre ainsi que celles de l’Indépendance.
 Abderrahmane Bensalem.
Avec Krim à sa main gauche ... Soraya et Ameldine Boulanouar
De g. à d. Boulanouar Younes, ses enfants Ameldine et Soraya  avec Bensalem
1- Abderrahmane Bensalem. 2- Amara Bouglez
Le Moudjahid Abdelhamid Douaissia et sa mère Hadja Hadria veuve du chahid Douaissia El-Hadi décédée le 08 Fevrier 2004.
Les architectes de l’évasion de LABTIHA. de g. à dr en haut : Bensalem,  Aouachria Mohamed, Ali Boukhedir. En bas : Youcef Latreche et Kadi Kaddour
1- Abderrahmane Bensalem. 2- Mohamed Attailia
De dr. à g.  : Abderrahmane Bensalem, Moussa Merad, Salah Soufi, Azzedine Zerrari, Houari Boumediene, Ali Mendjeli, à Mellag en 1961
De dr. à g. : Abdelkader Chabou, Si Tahar, Chadli Bendjedid, Houari Boumediene, Abderrahmane Bensalem, Ben Ahmed Abdelghani,  Said Abid, Ali Mendjeli
1- Chadli Benjedid. 2- Mohamed Abdelghani. 3- Benyoucef Benkhedda 4- Abderrahmane Bensalem. 5- Djelloul Khatib
1- Bensalem. 2- DjelloulKhatib, devant la ligne Morice face à proximité de l’Ouenza
Debout de dr. à g. : Saâd Castel, Ali Bouhadja, Moussa Merad, Abdelkader Abdellaoui, Chadli Bendjedid, Amar Zeghlami, Abdelkader Chabou, Mohamed Boutella, Redouane, Hamma Loulou, Azzedine Zerrari, Said Abid. Assis de dr. à g. : Ibrahim Debili, Mohamed Alleg, Abdellah Bouteraâ, Salah Soufi, Salim Saâdi, Slimane Hoffman, Abderrahmane Bensalem, Amar Chekkai, Amar Bensemra.
Bensalem Abderrahmane en haut au milieu avec son état major
De g. à d. : El Hachemi Hadjeres, Houari Boumediene, Ali Mendjeli, Yazid Ben Yezzar et Abderrahmane Bensalem
Bensalem au mégaphone à Lagouared, à Souk Ahras. Derriere lui les dirigeants du FLN avant leur départ vers Tripoli au congrés 1962
De g. à dr. : Rostom, Bougueffa Athmane Deif et Zeghdoud Mebarek Sebti
De g. à dr. Hakim Rassem chercheur en histoire, Colonel Boukhedir Ali et Rostom
Abderrahmane Bensalem
Plusieurs surnoms ont été donnés au moudjahid Abderrahmane Bensalem. Ainsi, le journaliste yougoslave, Zdravko Pecar, l’appelait « le Jugurtha d’Algérie », en le comparant au grand Jugurtha, qui fut un exemple de bravoure, de triomphe, de dévouement et d’honneur, alors que ses frères moudjahidine aimaient le surnommer « Khalid Ibn El-Walid », du nom du célèbre général musulman. Les dirigeants, eux, l’appelaient « l’Homme brun ». Enfin, l’officier de l’ALN, le moudjahid Brahim Lahrèche, l’affublait du surnom de « l’Orage éclatant ».Sa naissance Abderrahmane Bensalem est né en 1923 au douar Chebabna, situé entre Aïn Kerma et Bouhedjar (anciennement Lamy), d’une famille composé du père, Mohamed, fils de M’hamed, de la mère, Khadra, fille de Zayed, et de cinq frères : Hachemi, Salah, Zayed, Messaoud, Boubekeur, et d’une sœur: M’barka dite Mabrouka. Tous étaient membres de l’ALN, à l’exception de Boubekeur, décédé en 1948. Il était marié à deux femmes : la regrettée Bensalem Rbah, fille de M’hamed, qui était, comme lui, moudjahida et membre de l’ALN. Il l’a, d’ailleurs, épousée pendant la Révolution. Il y a eu aussi la regrettée Yakouta Ben Haouis, fille de Mohamed, qu’il a épousée après l’Indépendance. Il n’a pas eu d’enfants, mais il a pris en charge la famille de son frère Messaoud, le cadet de la famille, et s’est chargé de l’éducation de ses enfants. Ses conditions sociales ne lui ont pas permis d’aller à l’école. Il a grandi dans une famille pauvre qui vivait de l’agriculture traditionnelle et de l’élevage, à l’instar des milliers de jeunes algériens, notamment ceux qui vivaient dans les campagnes.Son engagement dans l’armée françaiseFaute de travail dans la région rurale où il a grandi et voulant aider sa famille, composées de huit membres, à subvenir à ses besoins, il n’a d’autre issue que de s’engager dans les rangs de l’armée française. Il est admis en 1942 et enrôlé à Annaba, alors qu’il a à peine 20 ans. Sur cet épisode, son ami et compagnon de la Révolution algérienne, le journaliste yougoslave Pecar, écrit : « Il avait à peine 20 ans quand il est entré dans l’unité et est resté 14 années entières dans l’armée française se battant sur les champs de bataille les plus exposés. Sous le commandement du général Giraudoux, il a pris part à la bataille contre Rommel jusqu’au moment où son unité, le troisième Régiment des tirailleurs algériens, fut battue et lui-même fut fait prisonnier. Il resta en captivité jusqu’à la victoire des Alliés en Afrique du Nord. Après le débarquement des alliés en Italie, il participa aux combats les plus durs à Monte-Cassino pour s’arrêter à Sienne d’où il partit pour prendre part au débarquement de Saint-Tropez près de Marseille. La guerre l’a conduit jusqu’au Rhin, puis avec les troupes d’occupation à Stuttgart et dans les autres villes de la zone française… il était connu comme un bon tireur au fusil-mitrailleur. Les « tirailleurs algériens » sont partis à Madagascar, au Sénégal et en Indochine. Au milieu de 1945, il est arrivé en Indochine où il est resté après une brève interruption jusqu’en 1954, c’est-à-dire jusqu’à la fin de la guerre. En Indochine, en 1953, il est sous-officier (sergent-chef) et commande une unité de 38 soldats qui est transférée de Hanoï à Diên-Biên-Phu et cela tout au début quand les Français ont commencé à construire leur forteresse.En Indochine, étaient massés 8000 Algériens, un grand nombre de Marocains, Tunisiens et Sénégalais et des soldats de la légion étrangère. Le premier jour de la grande attaque des Vietnamiens, le bataillon voisin de la légion étrangère a été exterminé, le deuxième jour les Algériens ont eu 400 morts et 400 se sont rendus, et d’autres sont tombés prisonniers, c’est ainsi que Abderrahmane est de nouveau mis en captivité ». Si Abderrahmane Bensalem raconte au journaliste yougoslave Pecar sa captivité au Viêt-Nam: « … ces commissaires politiques de chez eux, ils vous parlent tellement du colonialisme et de l’exploitation et ensuite questionnent et de nouveau parlent et de nouveau questionnent, qu’a la fin dans ma tête de sous-officier de l’empire français, quelque chose a jailli. Je dois avouer que souvent j’avais mal à la tête, tout était embrouillé en moi, mais eux ils étaient obstinés. Même les blessés, ils les apportaient aux conférences et aux cours politiques qui avaient lieu deux fois par jour, le soir. C’était pour moi une école dure et difficile, mais au président Hô Chi Minh et à ses officiers je dois beaucoup. Quand finira cette guerre si je suis encore en vie, j’irai d’abord chez eux pour les remercier de tout puis j’irai visiter ton pays, car j’ai la plus grande estime pour Tito, grand guerrier et combattant pour la paix »Son adhésion à la RévolutionAbderrahmane Bensalem fait partie du troisième Régiment des tirailleurs algériens (3e RTA). Apprécié comme soldat français avec ses douze médaillons, il est pressenti pour recevoir la Légion d’honneur et promu au grade d’adjudant. Lorsque la Révolution algérienne éclate, les autorités françaises décident de rapatrier ce régiment en Algérie dès 1956. Celui-ci s’installera à Annaba, avec un champ d’action qui s’étendra jusqu’aux Aurès et Souk-Ahras. Abderrahmane Bensalem est affecté dans l’une des compagnies qui a son QG dans la région d’El-Bettiha (actuellement commune Lehnancha, wilaya de Souk-Ahras). C’est dans ce centre que commencent son histoire et celle de la désertion collective des soldats algériens, qui prélude à son adhésion à l’ALN. Une décision qu’il prend après s’être imprégné des idéaux du patriotisme et après avoir constaté personnellement les souffrances qu’endure le peuple algérien avec les bourreaux français et les crimes qu’ils commettent. Aussi, les leçons politiques qu’il a reçues lors de sa détention en Indochine et tout ce qu’il a appris de la bouche des commissaires politiques l’aident-ils à franchir le pas. C’est ainsi qu’un jour, Abderrahmane Bensalem, malade, est admis à l’hôpital de Souk-Ahras où il reste plusieurs jours. Le rez-de-chaussée de l’hôpital est réservé aux patients militaires. Au premier étage, occupé par des patients civils, il y a une salle réservée aux prisonniers qui sont sous surveillance militaire. Bensalem se déplace de temps en temps entre les couloirs de cet hôpital et préfère souvent monter au premier étage pour converser avec les gardes. Un patient algérien se trouve dans la pièce adjacente à la salle des gardes. Il sort de son lit un Coran pour lire quelques versets. C’est là qu’il attire son attention. Il se lie vite d’amitié avec lui, et au cours des discussions, ils évoquent l’oppression qu’exerce l’armée coloniale sur la population. Bensalem découvre que ce patient est un nationaliste imprégné des idées de la révolution. C’est ainsi que lui vient l’idée de rejoindre la révolution et de réaliser enfin le rêve qu’il caresse depuis déjà longtemps. Il voit que cela ne peut se réaliser que par l’intermédiaire de ce militant, nommé El-Hadi Ben Messaoud Douaissia. Il lui fait part de son projet. Ce dernier entreprend aussitôt d’établir des contacts avec les dirigeants de l’ALN dans cette région, par le truchement de l’un de ses cousins, Mohammed Tahar Douaissia.Il faut savoir qu’Abderrahmane Bensalem a de bonnes relations avec la tribu des Douaissia, qui a donné beaucoup d’hommes à la révolution, dont on cite notamment Mohamed-Taher Douïssia, qui connaissait très bien la région et qui est tombé en martyr lors de la célèbre bataille de Souk-Ahras, qui s’est déroulée du 26 avril au 3 mai 1958. En tant que responsable dans cette zone, dont l’état-major avait été installé par le commandement de la Wilaya I, il a participé activement à l’implantation et à l’organisation des maquis de l’ALN dans cette région stratégique, composée principalement de cheikh Lazhari Drid, chef de région, Mahmoud Guennez, Ahmed Tamserar Tifourghi, dit Ahmed Lourassi (originaire d’Ouled Tifourgh dans la wilaya de Khenchela) et enfin d’Abdallah Nouaouria, chef de section de Hammam Nebaïel. L’opération de désertion d’Abderrahmane Bensalem est menée en coordination parfaite avec tous les dirigeants susmentionnés.Cette opération de désertion est connue dans le glossaire de la révolution algérienne sous le nom de «l’opération El-Batiha », considérée comme la plus grande désertion de soldats algériens. Il y a eu, à la même époque et plus exactement le 20 février 1956, une opération similaire qui fut organisée dans la caserne de Sbabna, dans l’actuelle wilaya de Tlemcen, sous la conduite de Tahar Hamaïdia, dit plus tard capitaine Si Zoubir, où 58 recrues algériennes avaient déserté après avoir neutralisé un certain nombre de soldats français et emporté avec eux des lots importants de différents types d’armes. L’enlèvement de la caserne de Bettiha dans la nuit du 7 au 8 mars 1956Le centre militaire français est situé dans la région de Bettiha (Gaston Dégoul), à environ 16 km de Souk-Ahras sur la route reliant Souk-Ahras à la ville antique de Khemissa. Ce centre regroupait la grande majorité des recrues algériennes appartenant au 3e Régiment des tirailleurs algériens. Selon l’accord conclu entre le commandement de la région et Si Abderrahmane Bensalem, à travers les contacts et les échanges de messages assurés par l’agent de liaison le moudjahid El-Hadi Douaissia, l’attaque était prévue dans la nuit du 7 au 8 mars 1956, conformément au plan élaboré par Si Bensalem, celui-ci comprenant l’organisation de la garde et de la relève et l’heure de l’attaque. De l’extérieur, les assaillants se seraient scindés en trois petits groupes. Le premier groupe, dirigée par Saïd Ftaimiya dit «l’Indochine» et composé de 12 combattants, avait pour mission de pénétrer dans la caserne pour éliminer les officiers et sous-officiers français. Le deuxième, conduit par Ahmed Lourassi, devait boucler la caserne, couvrir le premier groupe et protéger les assaillants d’un éventuel envoi de renforts de troupes françaises au centre. Le troisième groupe, enfin, dirigé par Mohamed-Taher Douaissia, comprenait 15 moudjahidine, appuyés par des moussebline avec des mulets ramenés pour transporter les armes et munitions qui auront été récupérés de la caserne militaire. Selon le témoignage du colonel moudjahid Ali Boukhdir, à leur arrivée sur les lieux de l’opération, ils trotuven Abderrahmane Bensalem, Mohamed Aouachria (devenu par la suite colonel de la Base de l’Est, condamné à mort par le CCE dans le complot dit des colonels), Ali Boukhdir (qui a joué un rôle important dans l’engagement des soldats algériens dans la révolution, et a pris le commandement du 12e bataillon dans la région nord. Il est colonel à la retraite de l’Armée nationale populaire), Youssef Latreche (il conduira la grande bataille de Souk-Ahras, avant de tomber au champ d’honneur le 3 mai 1958), Kadi Kaddour, dit Abdelkader (lieutenant-colonel à la retraite de l’Armée populaire nationale, décédé le 30 novembre 2005). L’opération se déroule selon une planification parfaite et sans aucune perte parmi les moudjahidine. Ainsi, plus de 105 recrues algériennes réussissent à s’échapper et d’innombrables armes perfectionnées de différents calibres sont récupérées.Il convient de noter ici qu’après l’évasion collective, l’armée française a déclenché dès l’aube une vaste opération de ratissage dans les environs à la recherche des évadés. Arrivées à la lisière du village des Aoualmia, Belkacem et Abdeslam, au lieu dit Hamam N’bayel, la soldatesque française, dirigée par le colonel sanguinaire Marcel Bigeard, commandant du 9e Régiment des chasseurs parachutistes, s’est accrochée violemment avec les djounoud d’Abderrahmane Bensalem. C’est ainsi que Bigeard et Bensalem s’affrontèrent dans leur première bataille après avoir combattu ensemble sous la même bannière. Les soldats français ont utilisé des avions de chasses et de l’artillerie, faisant de nombreuses victimes dans les rangs de l’ALN ; mais l’ennemi a également subi de lourdes pertes en vies humaines et des dégâts matériels. Les hommes de Bensalem ont réussi à briser le siège et à s’infiltrer jusqu’à des endroits sûrs, inaccessibles aux troupes françaises, pour s’assurer que les armes saisies ne retombent pas entre les mains de l’armée.Cependant, l’armée française, comme au lendemain de chaque défaite, tente de se venger sur la population. Elle rassemble ainsi tous les habitants des mechtas environnants, dont la plupart se rendaient ce jour-là au marché hebdomadaire de Hamam N’bayel. C’était le jeudi 8 mars 1956. Les soldats, animés d’une haine destructric, vident leurs chargeurs sur les pauvres paysans, puis regroupent les corps avant de verser de l’essence dessus et de les brûler. Bilan de ce génocide : 365 martyrs, dont 8 femmes, 8 enfants et 4 bébés. Des maisons et des enclos sont également brûlés et pillés. En hommage à ces martyrs, et en souvenir de ce tragique événement, l’école primaire de Besbassa a été baptisée « Ecole des 365 martyrs ». Nous y reviendrons dans nos prochaines éditions.Voilà donc comment, dans la nuit du 8 mars 1956, Abderrahmane Bensalem, fort d’une expérience de 14 ans sur les champs de bataille, a rejoint l’Armée de libération nationale. Pour revenir à El Hadi Douaissia, on sait qu’il est né à Souk-Ahras le 1er juillet 1924. Il milite dès son jeune âge au sein du Parti du peuple algérien/Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (PPA/MTLD). Au déclenchement de la guerre de Libération nationale, il est recruté par cheikh Drid Lazhari début 1955 et affecté au douar de Lemhaya (actuelle commune de Lahnancha).Selon le témoignage de son fils, le moudjahid Abdelhamid Douaissia, né le 1er octobre 1943, son père, El-Hadi, n’était pas en réalité malade, mais avait été admis à l’hôpital de Souk-Ahras grâce à une intervention du directeur de cet hôpital, le docteur Kassabi Ramdhan. Celui-ci, imprégné des idées nationalistes, cherchait par là à soulager quelque peu El-Hadi des poursuites engagées contre lui par les services de renseignement français, qui utilisaient certains de leurs agents bien connus dans la région, comme Chekchaki, Baairia ou Haj Kamel. Le directeur de l’établissement fabriqua ainsi un dossier médical à partir de documents antidatés, attestant que le concerné séjournais à l’hôpital depuis déjà un certain temps et qu’il y était toujours.Après le succès de l’opération d’évasion, il sera arrêté et enlevé le 8 mars 1956 devant l’hôpital au moment il s’apprêtait à sortir. Victime d’un acte de délation, il sera conduit au centre de gendarmerie de Aïn Snour, où il connaitra les affres de la torture qu’on lui fera subir toutes les nuits, d’après le témoignage d’un de ses proches, Roukab Abdallah, qui était aussi un des notables de la ville de Souk-Ahras. Le médecin rendit l’âme le 9 mars 1956 au matin et son corps fut jeté des hauteurs d’Ain Snour.Les responsabilités qu’il occupa pendant la RévolutionAprès la décision prise par les combattants des Aurès de quitter la région de Souk-Ahras en juin 1956, la Base de l’Est était, avant de prendre cette appellation, composée de sections et de groupes, dotés chacune d’une unité d’élite. Elle était dirigée par le regretté Amara Laskri dit Amara Bouglez. C’est ainsi que Abderrahmane Bensalem fut désigné à la tête d’une de ces unités. Après la création de la Base de l’Est, conformément aux résolutions du Congrès de la Soummam, qui en faisait une zone autonome chargée d’approvisionner les wilayas de l’intérieur en armes à partir de la Tunisie et de sécuriser les convois d’acheminement d’armes, elle fut divisée, vers la fin octobre-début novembre 1956, en trois zones, dont chacune était dotée d’un bataillon. Le premier et le troisième étaient confiés respectivement à Chouichi Aissani et Taher Zbiri, secondés par trois adjoints chargés des questions militaires, politiques et des renseignements. Le deuxième bataillon a été confié au capitaine Abderrahmane Bensalem, assisté de trois adjoints avec le grade de lieutenant. Il s’agit du lieutenant Lakhdar Ouartsi, premier adjoint chargé des affaires militaires, du lieutenant Ramdhania Hafnaoui, deuxième adjoint chargé des affaires politiques, et du lieutenant Tayeb Djebar, chargé des renseignements, des liaisons et de l’approvisionnement. Il sera remplacé plus tard par Ali Boukhdir. Cette configuration sera maintenue jusqu’après la création, en 1958, de l’état-major de l’Est, appelé Commandement des opérations militaires (COM). A la création au début 1960 de l’Etat-major général (EMG), sous la direction du colonel Houari Boumediene, la Base de l’Est était répartie en deux zones :- La zone Sud, dirigée par le commandant Salah Bendidi dit Salah Es-Soufi. Elle comptait au départ quatre bataillons.- La zone Nord, dirigée par le commandant Abderrahmane Bensalem, secondé par les capitaines Chadli Bendjedid, Abdelkader Moulay, dit Chabou, et Mohamed Ben Ahmed Abdelghani. Cette zone comprenait 14 bataillons et quatre compagnies d’armement lourd. Cette organisation et cette division ont été maintenues jusqu’à l’Indépendance.Les principales batailles et actions auxquelles il a participéLe parcours du commandant Abderrahmane Bensalem est riche en opérations militaires au cours desquelles l’ennemi français a subi de lourdes pertes en vies humaines et en équipements. On peut notamment citer les actions suivantes : l’opération d’El-Battiha dans la nuit du 8 mars 1956 déjà évoquée ;la bataille de Djebel El-Koudia à Béni Saleh en février 1957 ;la bataille de Boukhendef à Béni Saleh, le 9 octobre 1958 ;la bataille de Groune Aïcha, le 3 mars 1959 ;l’attaque du centre de Bouhedjar en août 1959 ;l’attaque du centre d’Ain Zana dans la nuit du 13 au 14 juillet 1959.L’attaque du centre militaire et de la levée du drapeau algérien lors de la fête nationale française le 14 juillet 1959Situé près de la frontière tunisienne et de Souk-Ahras, le centre militaire d’Ain Zana regroupait des bataillons du 153e Régiment d’infanterie motorisée, tout en protégeant les autres centres avoisinants grâce à ses batteries d’artillerie. Ce centre constituait un obstacle majeur pour les combattants de l’ALN lors des opérations d’acheminement d’armes. C’est pourquoi, il fallait étudier cette situation et y trouver une solution. Bensalem a réuni son état-major élargi aux différents chefs de formations qui sont sous sa houlette, pour élaborer un plan d’attaque contre ce centre. À la fin de la réunion, il a été décidé que l’attaque aurait lieu la nuit du 14 juillet 1959. Cette date a été choisie parce qu’elle correspondait au jour d’anniversaire de la victoire nationale française et était un jour de repos où le niveau de garde était généralement en baisse, les soldats étant occupés par les cérémonies et les banquets qui y sont servis.Le moudjahid Mbarek Zeghdoud Sebti dit « Kibo » et le moudjahid Bougueffa Athamen Dhif témoignent de cette action héroïque : «Ce plan d’attaque a été étudié selon le plan de site que nous nous étions procuré. L’attaque a débuté dans la nuit du 14 juillet 1959 vers 23 heures. Nous avons attaqué de tous les côtés les bâtiments contenant des obus d’artillerie et de mortier. Nous avons aussi bombardé les barbelés qui cernaient les bâtiments pour ouvrir d’autres points d’accès, et nous avons pu abattre un grand nombre de soldats français surpris dans leurs lits. Certains d’entre eux se sont barricadés dans les tranchées pour échapper au feu de nos mitrailleuses. » Zeghdoud Mbarek poursuit : «Le chef de groupe, El-Hadi Hasnaoui Ben Messaoud, m’a demandé de baisser le drapeau français et de hisser, à sa place, le drapeau algérien. Je l’ai fait. Notre emblème flottait au milieu de la caserne jusqu’au lendemain matin à 10 heures, à l’arrivée des renforts de l’armée coloniales. Abderrahmane Bensalem a participé à cette opération avec plusieurs officiers, dont Abdelkader Chabou, chef du bataillon autonome, Hafnaoui Ramdhania, Abdallah Boutaraa, Noureddine Sahraoui, dit Zoughlami, Mohamed Alaak, et d’autres. Après l’attaque, le GPRA a rendu publique une déclaration dans laquelle il annonçait la destruction totale du centre d’Ain Zana, et la récupération de diverses armes, tout en invitant les médias internationaux à se rendre sur les lieux et à constater les résultats de l’opération. Le commandant Abderrahmane Bensalem a été félicité pour ce grand exploit par le COM, qui était à l’époque sous la direction du colonel Mohammedi Saïd dit colonel Si Nasser. De leurs côtés, les autorités militaires françaises, et pour éviter une démoralisation de leurs troupes, se sont empressées de restaurer et de rééquiper ce centre en un temps record et ont fait, ensuite, appel à des journalistes pour visiter les lieux, dans le dessein de démentir la déclaration du GPRA.Les postes qu’il a occupés après l’Indépendance- Immédiatement après la proclamation de l’Indépendance, le 5 juillet 1962, Si Abderrahmane, ancien responsable de la zone Nord de l’armée frontalière de l’Etat-major général, dirigée par le colonel Houari Boumediene, eut à jouer un rôle prépondérant dans l’acheminement et la sécurisation de l’arrivée de Houari Boumediene dans la capitale, dans un contexte marqué par l’exacerbation du conflit entre l’EMG et le GPRA.- Après le rétablissement de l’ordre suite aux escarmouches qui ont eu lieu pendant l’été 1962 et l’entrée de l’armée des frontières à Alger, le commandant Abderrahmane Bensalem fut nommé responsable du quartier général de la caserne Ali-Khodja, siège du ministère de la Défense nationale.- Nommé quatrième membre de l’Etat-major général, dirigé par le colonel Tahar Zbiri, puis responsable de la Garde républicaine à sa création.- Nommé membre à l’Assemblé constituante à l’issue des élections du 20 septembre 1962, représentant la wilaya d’Annaba.- En 1963, lors du conflit frontalier avec le Royaume du Maroc ou ce qui était appelé « la guerre des sables », Bensalem rejoint le front et est chargé de diriger la zone de confrontation dans la région de Béni Ouennif, dans la wilaya de Bechar. Grâce à sa perspicacité et à son expérience militaire, il réalise de grands exploits pour lesquels le ministre de la Défense, le colonel Boumediene, lui a rendu un vibrant hommage lors d’une visite qu’il avait effectuée dans la région. - Il a été membre de la Cour martiale créée par le Président Ahmed Ben Bella en 1964, conformément aux décrets d’août 1964. Celle-ci était présidée par Mahmoud Zartal et composée du colonel Ahmed Bencherif et des commandants Chadli Bendjedid, Saïd Abid et Abderrahmane Bensalem. Le ministère public était représenté par le commandant Ahmed Draia. C’était le célèbre procès du colonel Mohamed Chaabani.- Il fait également partie du groupe qui a arrêté le président Ahmed Ben Bella le 19 juin 1965 à sa résidence dans la villa Joly, accompagné de Tahar Zbiri, du colonel Abbas, de Saïd Abid, d’Abdelkader Chabou et d’Ahmed Draia.- Il a été membre du Conseil révolutionnaire mis en place le 20 juin 1965 suite à l’éviction d’Ahmed Ben Bella. Il sera ensuite nommé commandant de l’Académie interarmes de Cherchell. Ce fut le dernier poste qu’il occupa au sein de l’État.En 1967, lors de la tentative de coup d’Etat du colonel Tahar Zbiri, toutes les sources affirment qu’il était loin de cet événement et qu’il n’y avait joué aucun rôle. Mais ses rapports avec Tahar Zbiri, qui était l’un de ses compagnons d’armes durant la Révolution, étaient l’une des raisons ayant envenimé ses relations avec le Président Houari Boumediene.En août 1968, son différend avec Houari Boumediene sur des questions politiques le poussa à démissionner, mais Boumediene ne l’accepta pas. Alors il décida de rentrer chez lui à Bouhedjar, et fit ses adieux à la politique. Resté sans salaire, ni retraite, il a été contraint de travailler la terre et faire de l’élevage pour subvenir aux besoins de sa famille, jusqu’à l’élection de Chadli Bendjedid à la présidence de la République. Celui-ci lui aurait proposé, selon le témoignage de certains membres de sa famille, des postes importants, mais il aurait décliné toutes les propositions, préférant la vie civile et le repos après une vie faite de guerres, d’épreuves difficiles et de sacrifices. C’est ainsi que le président Bendjedid ordonna que sa situation administrative soit régularisée, pour qu’il soit mis à la retraite de façon effective à partir de 1979.Si Abderrahmane continua à mener une vie normale dans sa ville natale, cultivant sa terre et conduisant lui-même son tracteur. Selon le témoignage de certains habitants de Bouhedjar qui lui rendaient visite, à l’image de Abdallah Nouri, Nacer-Eddine Maaloum ou Tayeb Bensalem, Si Abderrahmane transportait des enfants à l’école dans son propre tracteur et parfois dans sa Peugeot 504 que l’Etat avait mise à sa disposition, surtout en hiver, et prenait toujours dans sa poche des bonbons pour en donner aux élèves. Les mêmes personnes affirment qu’il gérait aussi un café qui était ouvert à tout le monde, même ceux ne qui pouvaient pas payer leurs consommations. Ainsi, a-t-il vécu, aimé de tous, enfants, jeunes et vieux.Sa disparitionEn octobre 1980, au cours de certains travaux menés dans la forêt de Boukhendef, où avait eu lieu la célèbre bataille de Boukhendef qu’il avait dirigée lui-même le 9 octobre 1958, et où de nombreux moudjahidine tombèrent au champ d’honneur, dont son cher ami Djebar Tayeb, les travailleurs des forêts découvrirent des ossements de martyrs. On fit alors appel à Si Abderrahmane Bensalem comme témoin clé de cette bataille. Mais, étant donné son âge avancé et le caractère escarpé de la région montagneuse qu’il lui fallut escalader, auxquels il faut ajouter l’émotion qu’il dut ressentir en se rappelant le souvenir de tous ces hommes qui étaient un jour à ses côtés, il eut un malaise cardiaque et fut transporté d’urgence à l’hôpital. Son cœur ne pouvait supporter ; il rendit l’âme le 9 octobre 1980. Il sera enterré le vendredi 10 octobre 1980 dans le cimetière des martyrs de Bouhedjar. Le Président Chadli a demandé à de hauts responsables du parti et de l’Etat d’assister aux obsèques du Lion des djebels de Béni Salah et de la Base de l’Est, avec une importante délégation conduite par le colonel Ahmed Abdelghani, qui était un de ses adjoints pendant la révolution dans la zone Nord, et composée de cadres supérieurs du Parti, dont Abdellah Belhouchet, Bachir Khaldoune, Mohamed Attaïlia, Mohamed-Chérif Messaadia et d’autres.Selon certains témoignages, l’absence du Président Chadli aux obsèques de l’un de ses responsables durant la guerre de Libération nationale serait due au souci de Chadli de ne pas paraître publiquement, sous l’effet de l’émotion, dans une posture qui risquait de froisser son image de chef d’Etat. Cependant, lors d’une visite familiale privée, le président Chadli s’est rendu au cimetière des martyrs en compagnie de son frère Abdelmalek, et s’est recueilli devant la tombe de son frère d’arme.Il convient de noter qu’après la création de la Médaille du mérite national, qui est la plus haute distinction de la République, la plupart des dirigeants de la Révolution, qu’ils soient morts ou vivants, ont été honorés, mais le nom d’Abderrahmane Bensalem est resté absent de la liste, oublié par les frères d’armes qui étaient, pour la majorité, sous sa houlette. Cette médaille ne lui a été décerné qu’après l’avènement du Président Abdelaziz Bouteflika en 1999, qui lui décerna la médaille El-Athir à titre posthume en hommage à son combat révolutionnaire et en reconnaissance de ses services rendus à la nation avec dévouement et abnégation.Faits saillants - Nous devons rectifier un point important évoqué dans plusieurs récits, et sur lequel nous nous référons à la source, tel que raconté par le colonel Ali Boukhdir : « Lors du raid d’une opération de ratissage dans les environs de Souk-Ahras, un adjudant français nommé Bayot, d’origine juive, menaçait une femme portant un bébé dans ses bras, en lui pointant son pistolet sur le visage, tout en titillant le bébé sur le nez avec le canon de son arme et en s’adressant à lui en ces termes : « Petit Fellaga ! » Ce geste m’exacerba, et je décidai, le doigt sur la gâchette, que si le militaire venait à tirer sur un d’entre eux, je lui tirerai dessus. Mais, à ce moment-là, un autre soldat l’interrompit pour lui dire de ne pas faire cela « devant un Arabe ». Personne n’a été, heureusement, blessé, mais cette scène m’a touché au plus profond de moi-même. J’avais une telle rancune contre cet homme qu’un jour, lors de notre évasion du centre de Bettiha, je suis venu le réveiller en pleine nuit pour venger la bonne femme et son enfant.- Selon le témoignage du moudjahid Cherif Maatlia, son ami, Abderrahmane Bensalem, s’est toujours rappelé alors qu’il était dans l’armée française ce que lui avait dit la femme qu’il avait trouvé avec ses deux petits enfants, au cours d’une opération de contrôle dans les environs de Toaura. A la question de savoir où était le père des deux gamins, elle lui répondit : « Mon mari est au maquis pour libérer le pays et te libérer ! » Ces paroles l’ébranlèrent au plus profond de lui-même.- Dans la nuit de son évasion, lui et ses camarades de la caserne d’El-Battiha, Abderrahmane Bensalem donna ordre de ne pas tuer l’aumônier militaire du centre par respect pour les croyances religieuses, et parce que le moine n’était pas impliqué dans les opérations. - Refusant de rejoindre la Révolution, le responsable des transmissions dans la caserne, qui était une recrue algérienne et non pas un officier français comme cela a été rapporté, a été éliminé. Il était le frère du colonel Mohamed Zerguini. - Le moujahid Abdelhamid Douaissia raconte qu’au cours d’une visite qu’il avait rendue à son père à l’hôpital, il y trouva Si Abderrahmane assis à ses côtés. C’était avant son départ au maquis. Celui-ci l’informa des conditions de vie des habitants du Aarch des Douaissia et lui raconta comment les harkis les avaient agressés, avaient pillé leur épicerie et détruit le moulin qui les faisait vivre. Très affecté par cette histoire, il sortit de sa poche 10 000 francs et le donna au jeune Abdelhamid, lui demandant d’utiliser cet argent pour reprendre son commerce, et lui remit également une montre de marque Lip extraplate, en lui disant qu’il l’avait achetée chez Mohamed-Salah Hamada qui avait une horlogerie sur la route Tébessa dans la ville de Souk-Ahras et que si elle était en panne, elle était toujours sous garantie.- On raconte qu’un jour, un vieil homme a entendu le tonnerre et dit à ses enfants : « Ecoutez bien, c’est Bensalem qui donne des leçons aux Français !» Les enfants firent mine d’approuver ses propos, ébahis devant la force du tonnerre et la clarté de l’éclair. Le vieil homme enchainera : « Oui, je le sais, Abderrahmane Bensalem est aussi le tonnerre et l’éclair ! » - Deux prisonniers de Diên-Biên-Phu ayant combattu sous le même drapeau : le lieutenant colonel sanguinaire Marcel Bigeard et le sergent-chef, Abderrahmane Bensalem. Ils se sont rencontrés à nouveau face à face dans les environs de Dahouara et de Bouhedjar ; mais cette fois-ci, l’un, Abderrahmane Bensalem, défend sa patrie usurpée et lutte pour son indépendance et sa liberté, tandis que, l’autre, Bigeard, défend une politique coloniale fondée sur la conquête de peuples avides de liberté et le pillage de leurs richesses.- A l’indépendance, le moujahid El-Hadi Belhocine, ancien officier de l’ALN et premier maire de Bouhedjar, décida de charger les citoyens qui n’avaient pas pris part à la Révolution de retirer les mines plantées autour des barbelés sous prétexte que c’étaient eux qui les y auraient plantées. Grâce à l’intervention d’Abderrahmane Bensalem, le maire renonça à son funeste projet, en venant annoncer enfin que le jeune Etat s’en chargerait.- Selon certains témoignages, le Président Ben Bella lui aurait proposé un jour le commandement des forces navales, mais il lui aurait répondu par cette métaphore : « Je ne sais pas nager dans les rivières, comment le pourrais-je dans les mers et les océans ? »- Tous les dirigeants qui étaient sous sa responsabilité ont été promus à de hautes responsabilités, tels que Chadli Bendjedid, Djelloul Khatib, Abdelkader Chabou, Mohamed Ben Ahmed Abdelghani, Mohamed Attailia, Saddek Reffas, Ali Boukhdir, Khaled Nezzar, Abdelmalek Guenaizia, Makhlouf Dhib, Abdallah Boutaraa, Abderrazak Bouhara, Fadhel Bouterfa, Abdelkader Abdellaoui, etc.- Les habitants de Bouhedjar et des régions environnantes se rappellent que le mérite de la construction de l’hôpital de cette ville revient au commandant Bensalem, grâce à son intervention auprès du ministre de la Santé de l’époque, Abderrazak Bouhara (commandant du 39e bataillon de zone Nord). Chaque jour, des incidents tragiques dus à l’explosion des mines étaient enregistrés et les citoyens avaient d’énormes difficultés à se rendre à Souk-Ahras ou à Annaba.- On raconte qu’un jour, alors qu’Abderrahmane était en réunion importante avec ses collaborateurs, son frère émit le vœu de voir sa fiancée (la défunte moudjahida Chérifa Bensalem qu’il épousera plus tard et eut avec lui Tayeb et Nacer). Comme Abderrahmane n’y prêta pas attention, le jeune frère prit son arme et quitta le groupe pour se diriger vers les barbelés en fredonnant : « Chérifa ! Chérifa ! » Averti par ses hommes, Abderrahmane courut rejoindre Salah et le somma de revenir, en brandissant son arme vers lui. Têtu, son frère se montra indifférent. Alors, Abderrahmane tira deux coups en l’air en guise d’avertissement, mais Salah continua à marcher, l’air toujours indifférent. A ce moment-là, Abderrahmane demanda à ses compagnons de lui satisfaire son désir pour en finir. Cette histoire a été confirmée par Tayeb Bensalem, le fils aîné de Salah et de Chérifa, qui dit la tenir de plusieurs moudjahidine.- Il aimait tant le savoir et incitait toujours les enfants à apprendre. Grâce à lui, de nombreux jeunes ont été envoyés dans les écoles des cadets de la Révolution, qui sont ensuite devenus des cadres, notamment dans le domaine de l’éducation. En conclusion, le commandant Abderrahmane Bensalem est immortalisé par l’Histoire, et son nom est écrit en lettres d’or. C’était un grand héros de la Révolution et un homme qui n’a jamais été tenté par les postes de responsabilité, ni par les privilèges à l’indépendance du pays. Il était dévoué et fidèle à sa patrie. Les autorités prendront-elles un jour l’initiative de baptiser une institution d’envergure nationale en son nom ? Que Dieu ait son âme et l’accueille en son vaste paradis.Bensalem est qualifié par ses pairs de « l’infatigable guerrier »Le célèbre chanteur du bédoui feu Messadia Ahmed Ben Mohamed dit Hadj Bourogaa a immortalisé le commandant Abderrahmane Bensalem, Sebti Maarfia dit Si Sebti Boumaraaf, Nourddine Sahraou dit Zoughlami et Djellalia Mohamed dit Hadj Lakhdar dans l’une de ses meilleures chansons.L’attaque du poste de Ain Zana et Abderrahmane Bensalem ont été aussi le sujet d’une autre chanson intitulée França mellet (La France en a marre) du même chanteur. Parmi les tactiques employées par Bensalem contre l’ennemi, il y a lieu d’en citer deux :1-  Lors de l’attaque d’un poste frontalier français, il charge des katibate de provoquer des tirs sur les autres postes limitrophes à la même date et à la même heure sans les attaquer, et cela dans le but de mettre l’ennemi en état d’alerte extrême et lui faire croire à une attaque réelle, ce qui le laisse dans une situation de défense et dans l’incapacité de prêter assistance au poste réellement attaqué.2- Parfois, il ordonne aux chefs de bataillon, chacun dans son secteur, d’organiser et de charger des groupes de trois ou quatre éléments pour une mission de harcèlement des lignes de barrage en plusieurs points, afin de provoquer une panique générale et de faire subir à l’ennemi d’importants dégâts matériels surtout par l’emploi des batteries et des mortiers de gros calibres.Sources- Ouvrages : Zdravko Pécar, Algérie, ENL , 1987.- Abdelhamid Aouadi, Base de l’est, éd Dar El-Houda , 1993.- Yasser Ferkous deux moudjahids et deux héros, éd El Maaref, 2018.- Brahim El-Askri ,naissance de la Base de l’est par la voie du Colonel Amara Bouglez - Tablit Omar, Base de l’est ,sans maison d’éd, 2010. - Mémoires : Chadli Bendjedid, Tahar Zebiri , Tahar Saidani .- Témoignages de Moudjahidines : Ali Boukhedir, Hamza Aoufi, Salem Djilliano, Dib Makhlouf, Salah Maaloum, Zeghdoud Mébarek Sebti, Bougueffa Eutamene Deif, Ahmed Kadri, Salah Mahfoudia et Douaissia Abdelhamid .- Témoignages de la famille de Bensalem : Yassine, Karim, Tayeb, Ameldine Boulanouar, Nacer Maaloum et Abdellah Nouri .- Plusieurs documentations.
DOSSIER

Les prémices d’une rupture

Aux origines du CRUA

GUERRE DE LIBERATION

Les frères martyrs

Abdelkader Menouar et Mohamed Badaoui

FIGURES HISTORIQUES
GRANDES DATES
MEMOIRE

La moudjahida

Portrait de l’artiste plasticienne Aïcha Haddad

UNE VILLE, UNE HISTOIRE

Ath Yenni, Le Mont des orfèvres

Histoire de la ville

CONTRIBUTION

Un parcours patriotique exceptionnel

Moudjahida Kheira Louahla