L’héroïque et ultime combat de Mohamed Boucherraine
22 janvier 1960 à Thaourirth

Par Hassina AMROUNI
Publié le 25 nov 2019
Il y a 58 ans, tombait au champ d’honneur l’ex-sergent-chef Mohamed Boucherraine au cours d’une sanglante bataille menée héroïquement par sa section contre l’armée coloniale.

C’est sur les hauteurs du mont Thaourirth, surplombant le petit village forestier d’Agouillal à El Adjiba que s’est déroulée la bataille qui a coûté la vie à plusieurs vaillants combattants dont le chef de section, Mohamed Boucherraine.
Dans un témoignage éclairé sur ce haut fait d’armes, l’enseignant et historien Ali Amrani rappelle que cette bataille a eu lieu « sept mois après le début de l’infernale opération « Jumelles », qui visait à étrangler la révolution en isolant les combattants de l’ALN des populations notamment dans la Wilaya III, où les combats faisaient rage ».
C’est donc en cette nuit glaciale du 21 janvier 1960 que les forces coloniales se lancent dans une vaste opération de ratissage visant à encercler le village Agouillal ainsi que tous les hameaux avoisinants afin de resserrer l’étau sur les moudjahidine de passage dans la région et les couper ainsi des villageois qui leur apportaient un grand soutien.
Le professeur Amrani rapporte à ce titre que « la section sous l’égide du sergent-chef Mohamed Boucherraine et une autre dirigée par Meziane Guerrout, dit Bouachiwen, se trouvant alors dans un refuge à Imezdourar, ont été alertées pour quitter rapidement les lieux avant l’arrivée des convois de l’armée coloniale. Les deux sections décidèrent alors de se séparer durant la nuit pour fuir au ratissage ».
A 3h du matin, la section de Boucherraine s’ébranle direction Oued N’Baghbagh et Agouni Nestlatha. Arrivés au lieu dit Thala Boulmane, près du village Ouvdir, les hommes de Mohamed Boucherraine tombent nez à nez avec des troupes de l’armée coloniale qui leur tendent une embuscade.
« Sous l’intensité de l’accrochage et des tirs, les djounoud de la section de l’ALN étaient obligés de se replier et de rebrousser chemin pour regagner l’inaccessible mont de Thaourirth, près de leur refuge à Taghzout, où ils prirent des positions stratégiques afin de pouvoir repousser tout éventuel assaut des troupes ennemies », se souvient l’historien Amrani dont le récit est basé sur des témoignages livrés par le moudjahid Kaci Abad, dit Kaci Ouavach et la moudjahida Fatma Chebbout, deux acteurs de cette héroïque bataille.
Un grand accrochage va s’en suivre à Thala Boulmane, ce qui facilitera la tâche aux soldats français pour déterminer avec exactitude le lieu de repli des moudjahidine. Aux premières lueurs de l’aube, les renforts arrivent et très vite tout le village se retrouve encerclé par les paras et survolé par les hélicoptères.
Selon Ahmed Ouali Said et Si Mouh Belkacemi, deux moudjahidine qui ont exercé en qualité d’agents de soutien et de renseignement durant la Guerre de libération nationale, tous les habitants des hameaux d’Amalou, Ighil Nzaghwen, Thaqqa et Ouvdir ont été évacués, deux jours avant le début de l’offensive, vers les camps de concentration à Semmache (El-Adjiba) en vue de la neutralisation totale des moudjahidine qui se trouvaient à Agouillal.
Après l’accrochage survenu à Thala Boulmane, les membres de la section de Mohamed Boucherraine, localisés par les troupes ennemies dans la petite forêt de Boukarchane à Thaourirth, sont acculés dans leur lieu de retranchement. Dès l’arrivée sur les lieux du premier groupe de paras français, l’échange de tirs reprend de plus belle. Evoquant ce moment avec émotion, le moudjahid Ahmed Ouali fera savoir qu’une « dizaine de soldats français furent tués sur le coup ».
De son côté, son ancien compagnon de lutte, Si Moh Belkacemi ajoutera que « sur le terrain, les moudjahidine ont réussi à tenir le coup face à des dizaines de soldats qui les ont encerclés. Mais l’arrivée des renforts et l’intervention de l’aviation leur avaient compliqué les choses. Les compagnons de Mohamed Boucherraine ont été anéantis et affaiblis par les bombardements intensifs au napalm » et d’ajouter que « les avions de guerre, qui survolaient à basse altitude toute la localité, larguaient des bombes sur les lieux suspectés d’abriter les moudjahidine. Une épaisse fumée se dégageait des lieux, c’était une journée d’horreur. Une panique générale s’était emparée du village ». 3
Malheureusement, beaucoup de maquisards sont morts au champ d’honneur au cours de cette bataille, les survivants parmi les hommes de la section de Mohamed Boucherraine parviennent à s’extraire des mailles du filet et à prendre la fuite via Assif Ouhedad, Thaghzouth et par la forêt d’Ighvir et d’Ahdifa.
« Ce jour-là, la section a perdu quatorze de ses hommes, tombés au champ d’honneur, dont le chef de la section Mohamed Boucherraine, tué à l’oued de Thaghzout, alors que quatre autres moudjahidine, grièvement blessés, furent arrêtés, lors de cette bataille, qui a duré plus de 15 heures », se remémorent encore les deux moudjahidine.
L’historien Ali Amrani notera pour sa part que près de 50 soldats français sont morts lors de la bataille de Thaourirth. Il précisera encore que les civils restés au village n’ont, eux aussi, pas été épargnés par la violence des combats puisque aux nombreux blessés, s’ajoute le décès d’une villageoise répondant au nom de Adidi Alouache qui a trouvé la mort en tentant de fuir les bombardements.
Aujourd’hui, la stèle érigée à Thaghzouth honore le sacrifice de tous ces martyrs qui se sont sacrifiés pour que l’Algérie se libère du joug colonial.
Hassina Amrouni
Source :
www.aps.dz

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