Les spasmes de la Révolution racontés par Mohamed Boudiaf

Par Fateh Adli
Publié le 25 nov 2019
Pivot et coordinateur du groupe des « Six », Mohamed Boudiaf a vécu les événements ayant donné naissance aux premières structures de la Révolution dans toutes ces séquences. Dans un témoignage qu’il fait paraître en 1974, et jamais reproduit depuis, il revient sur cet épisode charnière qui débouchera sur la rupture douloureuse mais salvatrice entre les membres de l’OS et la vielle garde du parti nationaliste.
Les  Six Historiques

Boudiaf raconte : « (...) Le divorce était total entre la direction du Parti (PPA) et les rescapés de l’OS. La question qui se posait à nous, principalement Ben Boulaid, Ben M’Hidi, Didouche et moi-même, était : que faire ? Nous décidâmes d’attendre en mettant de côté les armes, le service d’identité et les boites aux lettres (à ce sujet, il est totalement faux de prétendre que Ben Bella fut au courant de quoi que ce soit en ce qui concerne les armes, comme l’affirme Courrière dans un de ses nombreux écrits sur la guerre d’Algérie). »
Si Tayeb El-Watani confirme le lien entre la maturation accélérée de l’idée de la lutte armée avec l’éclatement de l’insurrection dans les pays du Maghreb. « La crise de confiance s’amplifia lorsque les premières actions directes commencèrent en Tunisie et au Maroc. Ces événements eurent l’effet d’un coup de fouet sur les masses dont les critiques devenaient de plus en plus acerbes. Cette flambée se communiquait à la base du Parti dont les militants pouvaient difficilement ignorer l’état d’esprit qui régnait au sein du peuple. Cette impatience et cette nervosité s’exprimèrent en plusieurs occasions, notamment lors des manifestations ouvrières du 14 juillet 1953. »
Mais l’obstacle le plus difficile à surmonter reste la guerre déclarée au chef charismatique du parti dont la riposte pouvait être ravageuse et fatale par l’intermédiaire de ses partisans présents partout. Boudiaf témoigne à ce sujet :
« Cet épisode de l’affrontement Messali-Comité central est à souligner parce qu’il situe bien les circonstances de la création du CRUA et explique la hargne et la mauvaise humeur des Messalistes à l’annonce de cette initiative qu’ils n’attendaient pas. Ils organisèrent quelques semaines plus tard, une expédition punitive contre Bitat et moi-même, incident qui situe bien les agents de Messali et leurs méthodes expéditives. »
Boudiaf affirme que les membres du Comité central qui avaient gardé leurs distances vis-vis des activistes de l’OS et la direction du parti, et qu’on appellera ensuite les « Centralistes », ignoraient tout ce qui venait de se passer. Il, pensait qu’au rythme où allaient les choses, « les menées sournoises du Comité central ne pouvaient plus ni arrêter ni freiner la préparation de l’insurrection nationale... »
Boudiaf témoigne aussi de l’état d’esprit de la population à cette période cruciale de l’histoire du mouvement national. « … Du côté des masses, le sentiment était au pessimisme et à la désapprobation. Et il n’était pas rare d’entendre dans la bouche de l’homme de la rue cette remarque pertinente : c’est bien le moment de se bagarrer entre frères, quand les valeureux patriotes tunisiens et marocains versent leur sang pour libérer leur pays. »
C’est à ce moment précis que les « 22 » adoptent une motion décisive, condamnant nettement la scission du parti et ses auteurs. Cette motion, explique Boudiaf, « proclamait la volonté d’un ensemble de cadres de juguler les effets de la crise et de sauver le mouvement révolutionnaire algérien de la débâcle. Elle décidait le déclenchement de l’insurrection armée, seul moyen pour dépasser les luttes intestines et libérer l’Algérie. »
Les « 22 » chargent le responsable national qui sortira du vote de mettre sur pied une direction qui aura pour tâche d’appliquer les décisions de la motion. 
Les « 22 » éliront sans surprise Mohamed Boudiaf pour être le coordinateur national. Le vote a eu lieu à bulletins secrets. Le président de séance, Mostefa Ben Boulaid, qui jouissait de la confiance de tous, fut chargé du dépouillement et de la proclamation des résultats. Le premier tour ne donna pas de majorité. Après le second tour, Ben Boulaid revint pour déclarer : « Le résultat est acquis », sans donner aucune autre précision.
Dès le lendemain, Boudiaf fit appel à Ben Boulaid, Didouche, Ben M’hidi, et Bitat, qui avaient participé à tout le travail préparatoire pour constituer le comité chargé de mettre en application la résolution des 22 (comité des 5).
Quelques jours plus tard, le groupe a été rejoint par Krim Belkacem et Amar Ouamrane pour les informer de ce qui a été décidé à la réunion tenue à Clos-Salembier (actuellement El-Madania).
Boudiaf poursuit la narration : « …Il ne restait plus qu’à fixer la date du déclenchement. Dans un premier temps, nous avions retenu la date du 15 octobre. La Délégation extérieure en fut avertie. Il y eut fuite. Allal El-Fassi donna la date à Yazid, qui se trouvait à cette époque au Caire, le prenant pour un des nôtres. Ce dernier rappliqua immédiatement à Alger, et alerta ses amis du Comité central. Une autre fuite eut lieu à Soumaa, près de Blida, où des éléments formés par Souidani Boudjemaâ furent débauchés par Lahouel. Celui-ci, mis au courant des préparatifs, sentant les choses devenir plus sérieuses, entreprit un véritable travail de sape, nous accusant d’envoyer les gens au casse-gueule et réussissant à faire reculer certains des éléments. »
Immédiatement après ces fuites, le Comité des « six » reporta la date au 1er novembre sans en informer qui que ce soit. Cette fois-ci, le secret fut bien gardé et les premières actions armées donnaient le départ de l’insurrection.

Adel Fathi

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