Le poids de Messali

Par Fateh Adli
Publié le 25 nov 2019
Quand un groupe de jeunes militants nationalistes décida de transcender toutes les rivalités politiques qui rongeaient alors le principal parti nationaliste (le PPA-MTLD) et d’annoncer le déclenchement de l’insurrection armée, le 1er novembre 1954, personne ne donnait cher de leur peau. Car, il faut dire que, jusque-là et pendant plus de quinze ans, personne ne pouvait imaginer une destinée du mouvement national en dehors de l’autorité hégémonique et incontestée du « zaim », Messali Hadj et, encore moins, contre lui.
Messali Hadj

Or, Messali était loin de s’apercevoir à quel point la répression qui s’abattit sur les militants dits radicaux (arrestations, condamnations…) les galvanisait, justifiant de fait la création rapide d’une branche paramilitaire, qui s’appellera l’Organisation Spéciale (OS), et qui sera composée des militants les plus aguerris et les plus déterminés. Il était aussi loin de prédire l’adhésion, quelque peu tardive mais massive, des « centralistes » – membres du Comité central du PPA/MTLD – au projet « fou » initié par ceux qu’on appelait encore, par euphémisme, les « neutralistes ».
Avril 1954, six cadres de l’organisation (Krim Belkacem, Larbi Ben M’hidi, Mostefa Ben Boulaïd, Rabah Bitat, Mohamed Boudiaf et Mourad Didouche) fondent le Comité  révolutionnaire d’unité et d’action (CRUA), duquel découlera, le 10 octobre 1954, le Front de libération nationale (FLN). Les événements vont alors s’accélérer à une vitesse qui a pris beaucoup de monde de court, à commencer par le grand leader du mouvement national lui-même. Vingt jours plus tard, le FLN proclame le déclenchement de la lutte armée. Les six dirigeants prendront le soin de lancer un appel le jour même, destiné à la population et à l’opinion publique en général, pour expliquer les motifs du soulèvement et les buts de la révolution qui allait changer le cours de l’Histoire et exhorter les Algériens à y adhérer en masses.
Les récits d’anciens combattants foisonnent de témoignages et de descriptions sur cet intermède fatidique qui aboutit au 1er novembre 1954. L’épisode des tiraillements entre les militants dits radicaux et le leader du parti, Messali Hadj, et la longue période de tergiversations qui s’en est suivie, ont été pendant longtemps occultés par l’historiographie, alors que l’idée de la révolution s’était fermentée et cristallisée dans ces débats et ruptures déchirantes que d’aucuns voyaient, alors, comme fatals au nationalisme algérien, à commencer par Messali Hadj qui prévoyait un échec cuisant de cette « aventure ».
C’est donc dans un contexte fait d’incertitude et de méfiance chez tant de militants de la première heure que la décantation devait avoir lieu, avec de lourdes conséquences qui vont ressurgir pendant toute la période de l’insurrection. La création de contre-maquis dirigés par des militants encore loyaux à Messali Hadj en était une des illustrations les plus édifiantes.
Il faut dire que, jusqu’à la veille du 1er novembre 1954, la confusion et la méfiance régnaient encore dans les rangs du mouvement national qui constituait le socle sur lequel devait s’appuyer la lutte proclamée. L’Histoire nous renseigne qu’une large partie de la population, notamment rurale, et même des militants engagés, étaient encore sous l’emprise du « zaïm », quand le mot d’ordre de l’insurrection armé fut lancé. Il faut aussi noter que les fondateurs du CRUA, puis du FLN, n’avaient pas eu toute latitude de structurer les noyaux de militants acquis à leur cause et d’aller vers la population, laquelle ne comprenait pas forcément tous les enjeux. Ce manque de communication et de coordination, auquel il faut ajouter la faible préparation dans certaines régions, y compris celles où le mouvement national était bien ancré comme la Kabylie, aura bien profité aux groupes messalistes qui y étaient déjà bien implantés.
Nonobstant toutes les failles et insuffisances, il fallait se préparer à affronter, à la fois les représailles, somme toute prévisibles, des autorités coloniales et la propagande politique venant des factions nationalistes hostiles à la révolution armée, « messalistes » en tête, et qui s’empressèrent d’ailleurs, de qualifier les hommes du 1er Novembres d’«aventuriers». Il fallait aussi penser à donner à l’insurrection une organisation moderne et efficace et surtout à gagner l’adhésion totale et indéfectible du peuple qu’il fallait reconquérir et reprendre aux « messalistes » qui jouissaient encore d’un fort ancrage populaire. D’où l’impératif d’une profonde action politique assumée sur le terrain par les combattants eux-mêmes, tout en se préparant à confronter par les armes les groupes messalistes organisés dans le MNA.

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