Le groupe des Six ou la dernière ligne droite

Par Fateh Adli
Publié le 25 nov 2019
Le noyau dur de l’insurrection, composé de cinq anciens militants de l’OS, se trouvera au grand complet lorsqu’il sera rejoint par Krim Belkacem pour former le célèbre groupe des « Six ».
Krim Belkacem et Mohamedi Said
La maison Boukechoura où se sont réunis les dirigeants de la Révolution
Lieu du photographe Thomas, à Bab el Oued,  où les Six historiques  ont éternisé leur rencontre de la Pointe Pescade
Ali Zamoum
Proclamation du 1e Novembre 1954

Classé tantôt « centraliste », tantôt « messaliste », Krim Belkacem finit par rompre définitivement avec la direction du parti, incarnée par Messali Hadj, dès août 1954, mais n’osait pas encore faire le pas pour rejoindre le groupe dit des radicaux qui, eux, s’étaient engagés depuis déjà longtemps pour l’action armée contre l’occupation française. Devenu le sixième membre de la direction intérieure du FLN « les six chefs historiques », Krim Belkacem assiste à toutes les réunions, tout en maintenant le contact avec ses proches collaborateurs et tous les militants en Kabylie.
Une série de réunions aussi laborieuses que décisives débuta en septembre 1954. Au menu, les préparatifs de l’insurrection armée, assortis de la mise sur pied d’une organisation politico-militaire appelée à être peaufinée et perfectionnée. Ainsi, ces conclaves ont donné lieu à plusieurs directives aussitôt répercutées vers la base, et qu’on peut résumer comme suit :
1. Décentralisation de l’action en raison de l’étendue géographique de l’Algérie et des difficultés de communication et de coordination.
2. Chaque région est libre de ses mouvements jusqu’à la tenue d’un congrès national.
3. Transformer l’organisation politique, c’est-à-dire le parti, en Front de libération nationale algérien.
4. Transformer l’Organisation spéciale en Armée de libération nationale.
5. Le Front de libération nationale est le front de tous les Algériens, quelle que soit leur appartenance politique.
6. Considérer la date du 15 octobre comme le début de la lutte pour la libération de l’Algérie.
7. Œuvrer pour une bonne coordination entre l’intérieur et l’extérieur, tout en accordant la priorité à l’intérieur, pour réussir l’action armée.
8. rédiger une déclaration destinée à l’ensemble de la population algérienne, ainsi qu’à l’opinion arabe et mondiale.
9. Diviser le territoire algérien en zones comme suit, avec la définition des responsabilités:
- la Zone I (Aurès) : sous la conduite de Mostefa Benboulaid, secondé par Chihani Bachir et Adjel Adjoul ;
- la Zone II (Nord-Constantinois) : dirigée par Mourad Didouche, avec comme adjoint Youssef Zighoud ;
- la Zone III (Kabylie) : dirigée par Krim Belkacem, avec comme adjoint Amar Ouamrane ;
- la Zone IV (Centre) : conduite par Rabah Bitat, assisté de Souidani Boudjemaâ ;
- la Zone V (Oranie) : confiée à Larbi Ben M’hidi, avec comme adjoint Abdelhafid Boussouf ;
- la Zone VI (Sahara) : pour la spécificité de cette zone, il a été convenu qu’un chef sera désigné ultérieurement.
Du 10 au 24 octobre 1954, les six dirigeants historiques ont tenu les deux dernières réunions avant le déclenchement de la révolution du 1er novembre.
Le 10 octobre 1954, au 24 rue Bachir-Bedidi, dans le quartier de Raïs-Hamidou sur la côte ouest d’Alger, les six dirigeants finalisaient le texte qui donnera le coup d’envoi à la lutte armée. En costume-cravate, ils se rendent à Bab El-Oued chez un photographe pour immortaliser ce moment qui va marquer l’histoire contemporaine algérienne. Ce sera l’unique photo de ce groupe que la guerre va séparer. Après avoir fixé la date de l’insurrection, Krim Belkacem se rend aussitôt dans sa zone, au village d’Ighil Imoula, siège du Comité de Kabylie, une structure du MTLD. C’est là qu’il remet à Ali Zamoun, ancien messaliste et futur officier de l’ALN, la fameuse Proclamation du 1er Novembre, et le charge de la faire tirer en plusieurs milliers d’exemplaires.
Le 31 octobre, les « Six » font parvenir une lettre à leurs militants mobilisés sur le terrain : «Début des opérations : cette nuit, à partir de l’heure du matin. Respecter scrupuleusement les consignes, ne tirer sur aucun civil européen et musulman. Tout dépassement sera sévèrement réprimé. »
Lors que les « six » avaient mis au point leur plan à la veille du déclenchement de la lutte armée, ils désignèrent Mohamed Boudiaf pour rencontrer, dès le lendemain, à Genève, puis au Caire, les trois dirigeant de la délégation extérieure, Ahmed Ben Bella, Mohamed Khider et Hocine Aït Ahmed, et leur soumettre la liste des objectifs qui devaient être attaqués dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre. Avec ces derniers, il était également convenu d’annoncer le déclenchement de la Révolution à la radio du Caire le jour même.
Adel Fathi

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