La Kabylie sur deux fronts

Par Fateh Adli
Publié le 09 fév 2020
Les deux premières années de la Révolution furent éprouvantes pour la Zone III, dans la mesure où il fallait affronter l’ennemi sur deux fronts : lutter contre les groupes messalistes du MNA, qui étaient encore bien implantés en Kabylie et jusque dans les régions avoisinantes, et multiplier les actions de sabotage et de guérilla, surtout dans la région de la Soummam où étaient concentrés les premiers groupes de combattants de l’ALN.
De g. à dr. :  Krim Belkacem, Mohamedi Said (Si Nacer), Slimane Déhiles (Si Sadek)  et le colonel Amar Ouamrane
Au Congrés de la Soummam. 1- Krim Belkacem. 2- Amar Ouamrane. 3- Colonel Amirouche
Debout de Dr à g . Ali Kafi, Krim Belkacem, Lakhdar Bentobal, Benyoucef Benkhedda, Hocine Rouibah et d’autres maquisards. Photo prise en 1957 en Wilaya II
De g. à dr. : Youcef Zighoud, Abane Ramdane, Larbi Ben M'hidi, Krim Belkacem et Amar Ouamrane

Cela dit, les débuts de la l’insurrection en Kabylie étaient encore plus difficiles que dans les autres zones du pays, notamment en raison du manque d’armement et de coordination. Ce qui n’empêchait le commandement de cette zone, à sa tête Krim Belkacem, de venir en aide à d’autres zones voisines, comme la Zone IV (l’Algérois et l’Ouarsenis) en butte à des carences sérieuses, en matière d’hommes et d’encadrement, pour être au rendez-vous. C’est ainsi que la Zone III dota la Zone IV en combattants dès les premiers jours de l’insurrection. Ce qui explique que la quasi-totalité des futurs chefs de la Wilaya IV soient issus de la Kabylie. Il faut savoir que les dirigeants kabyles s’étaient préparés à déployer 200 hommes dans la capitale.
Le paradoxe est que, au même moment, la Révolution peinait à trouver sa vitesse de croisière en Kabylie, où les premiers moudjahidine se plaignaient d’une grande pénurie d’armes de guerre, due en partie à une mauvaise coordination avec les dirigeants des zones habilités à acheminer des armes, notamment les Aurès.
Profitant de la concentration de l’armée coloniale dans la région des Aurès-Nemamchas durant les premiers mois de la Révolution, les chefs de la Kabylie se sont déployés pour poursuivre la campagne de sensibilisation et de mobilisation, palliant ainsi un déficit réel en la matière qui s’expliquaient principalement par l’activisme des messalistes dans la région.
Autre obstacle auquel Krim Belkacem et ses hommes devaient aussi faire face dès 1955, c’était le danger des complots qui leur étaient tendus par l’ennemi. Pour les services de renseignements français, il fallait à tout prix isoler la Kabylie d’Alger et des autres régions du pays et tenter ainsi de réduire « l’effet de contagion » dans le reste du pays. Premier complot montée par les services secrets français contre les maquis de la Zone III, l’affaire dite «l’Oiseau bleu », témoigne à la fois du machiavélisme du pouvoir colonial et de l’âpreté de la bataille de renseignement qui sera acharnée et déterminante sur le terrain.
Les services français avaient mis en place ce plan diabolique qui, de novembre 1955 à septembre 1956, devait monter des habitants de la région contre d’autres habitants, en jouant sur les rivalités tribales et, en même temps, sur le conflit avec les messalistes. Le but était de semer la discorde et d’encourager les combattants de l’ALN et leurs soutiens à s’entretuer. Ce plan visait clairement à créer des «contre-maquis», ou ce qui était appelé la «force K», en recrutant au sein de la population locale des éléments n’appartenant pas au FLN. Mal renseignés, les services ennemis étaient loin de se douter qu’un grand nombre des éléments qu’ils considéraient comme étant leurs agents étaient, en fait, des militants FLN, agissant sous les ordres directs de Krim Belkacem. Celui-ci avait trié les éléments les plus loyaux et les plus aguerris pour les faire passer pour des membres de la «force K». L’ironie du sort est que l’armée coloniale les avait équipés des armes les plus modernes. Les moudjahidine et leur chef en étaient sortis doublement gagnants !
Si les dirigeants de l’ALN ont réussi à déjouer cette manœuvre, grâce au génie de Krim Belkacem, les services ennemis ne s’avouaient pas vaincus. Ils expérimenteront, quelque temps plus tard, d’autres stratagèmes, dont certains eurent des effets dévastateurs sur le moral des moudjahidine, à l’image du complot dit de la Bleuite (1957) qui déstabilisera longtemps la région et fera beaucoup de victimes dans les rangs de l’ALN.
Durant la période qui précéda le congrès de la Soummam, qui fut organisé au cœur même de la Kabylie, cette région avait connu d’autres épisodes dramatiques, qui étaient autant d’épreuve pour les responsables de maquis locaux, dont le souci majeur à l’époque était de pénétrer tous les douars et d’obtenir ainsi l’adhésion des populations. L’exemple de la «nuit rouge de la Soummam», en Basse-Kabylie, où les combattants de l’ALN, sur ordre d’un officier, lui-même couvert par ses chefs hiérarchiques, provoquèrent, en avril 1956, une grande tuerie contre des villageois soupçonnés de collaborer avec l’armée coloniale. Il aura fallu l’intervention de hauts responsables de l’ALN pour stopper la machine infernale.
Heureusement que le congrès de la Soummam, qui eut lieu quatre mois plus tard, est venu mettre fin, momentanément soit dit en passant, à cette spirale de violence fratricide qui menaçait sérieusement la Révolution dans cette région.

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