L'exécution comme stratégie de guerre

Par Fateh Adli
Publié le 30 déc 2019
Les condamnations à mort et les exécutions dans les geôles françaises en Algérie n’ont jamais cessé depuis le début de la colonisation, et plus précisément depuis 1845. Mais, c’est pendant la guerre 1954-1962 qu’elles vont prendre des proportions effrayantes. En tout, 222 Algériens ont été exécutés durant cette période, 45 pendant que François Mitterrand était ministre de la Justice, garde des Sceaux. Quatre-vingt exécutions ont eu lieu sous le général Charles de Gaulle, bien qu’il ait amnistié 209 condamnés à mort en janvier 1959, commuant leur condamnation en peine de prison à vie. Tout ce qui a changé, après cette date, c’est que les autorités coloniales ont cessé d’utiliser la guillotine, pour recourir aux pelotons d’exécution.

Les exécutions par la guillotine étaient au début justifiées par le fait que les combattants algériens n’étaient pas considérés comme tels mais plutôt comme des «rebelles» ou des «hors-la-loi» faisant partie de «bandes armées», et inculpés de fait sous le régime de droit commun. Cela dit, l’arrêt de l’usage de la guillotine n’a pas mis fin à la machine de répression qui s’abattait alors sur les Algériens. L’intensification des combats menés par l’ALN dès 1956 et la montée de la contestation « pied-noire » vont justifier l’adoption par le Conseil des ministres, sous la présidence du socialiste Guy Mollet, d’une loi régissant les exécutions capitales. Quelques personnalités, telles que Pierre Mendès France, Gaston Defferre et Alain Savary s’y sont opposées. En revanche, François Mitterrand, alors ministre de la Justice, y était favorable.
Cette loi ouvrira la voie, quelques mois plus tard, aux «pouvoirs spéciaux» qui autoriseront le gouvernement français à mettre en œuvre tous les moyens, légaux et illégaux, pour «rétablir l’ordre» en Algérie. Dans le même sillage, une série de lois et de décrets seront adoptés, notamment pour condamner à mort les déserteurs de l’armée française rejoignant ce qui était toujours qualifié de «bande armée».
Au même moment, des élus d’Algérie réclamaient à tue-tête l’exécution des condamnés à mort. Face à ce durcissement allant crescendo, les dirigeants de la Révolution étaient au départ quelque peu désarçonnés, mais il fallait apporter la riposte idoine pour tenter d’instaurer une sorte d’équilibre de la terreur. Car il faut dire que cette nouvelle politique colonialiste visait surtout à couper les grands centres urbains, où étaient internés les détenus, des maquis. C’est ainsi que les fondateurs historiques de la zone autonome d’Alger, Abane Ramdane et Larbi Ben M’hidi, à cheval sur l’implantation de l’insurrection au cœur de la capitale et des autres villes du pays, ont fait une déclaration dans laquelle ils menaçaient les colonialistes en ces termes : « Si le gouvernement français faisait guillotiner les condamnés à mort, des représailles terribles s’abattraient sur la population civile européenne.» Dans une autre version, les deux chefs auraient écrit dans leur tract : «Pour chaque maquisard guillotiné, cent Français seront abattus sans distinction.»
Certains auteurs n’ont pas manqué de voir dans ce discours qu’on peut juger d’intempestif une stratégie d’«accélération voulue de la répression», pour unifier le peuple algérien autour du FLN. Or, la répression coloniale la plus féroce était, à vrai dire, bien antérieure à cette réaction attribuée au tandem Abane-Ben M’hidi et qui, d’ailleurs, n’a jamais été mise à exécution. Les actions menées par les fidayine du FLN, quelque temps plus tard, lors de la célèbre bataille d’Alger sont à inscrire dans le cadre d’une riposte à une politique globale de répression instaurée par les autorités françaises.
Les autorités françaises n’ont pas cédé aux pressions, puisque le 19 juin 1956, le ministre résident Robert Lacoste laisse guillotiner à la prison de Barberousse (actuellement Serkadji), deux condamnés à mort, Ahmed Zabana et Abdelkader Ferradj. Zabana sera le premier moudjahid à être guillotiné. Il est devenu une des figures emblématiques de la révolution algérienne. Il avait participé à l’élimination d’un garde forestier dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1954 dans l’Oranie.
Pour certains historiens colonialistes, ces premières exécutions furent l’étincelle qui allait plonger l’Algérie dans une spirale de violence, avec l’éclatement de ce qui s’appellera plus tard la bataille d’Alger, arguant que les chefs du FLN avaient déjà prévenu qu’il tuerait cent Européens pour chaque exécution. Les premiers attentats individuels (bombes, éliminations d’éléments des forces de l’ordre...) vont, en effet, pousser les ultras de l’Algérie française à multiplier les attaques sanglantes contre les quartiers algériens, en faisant 80 morts dans la Casbah d’Alger.
Si on peut admettre que l’exécution de Zabana et de Ferradj avait accéléré les événements et décidé les révolutionnaires algériens à changer leur stratégie de lutte, elle ne pouvait être l’unique motif.

Adel Fathi

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