« Exécuté pour l’exemple »
Fernand Iveton 

Par Fateh Adli
Publié le 30 déc 2019
Le 11 février 1957, pour la première fois, un militant anticolonialiste européen est guillotiné : Fernand Iveton, tourneur à l’usine de gaz d’Alger, militant communiste condamné à mort pour avoir déposé une bombe qui n’a pas explosé, est exécuté avec deux autres condamnés, Mohamed Lakhnèche et Mohamed Ouenoughi. D’après plusieurs enquêtes, son dossier n’a jamais été versé aux archives. Ce qui démontre à quel point les autorités coloniales redoutaient des retombées néfastes sur tout le processus qui avait mené à la condamnation de ce militant d’origine française, puis à son exécution dans des circonstances troubles.
Fernand Iveton en famille avec son épouse Hélène et leur fils Jean-Claude
Fernand Iveton en famille avec son épouse Hélène et leur fils Jean-Claude
Iveton à la sortie du commissariat d’Alger,  brisé par les tortures, le crâne rasé

Tout ce qu’on sait, c’est que sa grâce avait été refusée par le gouvernement de Guy Mollet, et par ricochet, par son garde des Sceau, François Mitterrand. Celui-là même, qui, quelques années plus tard, à l’occasion de sa participation à l’élection présidentielle, se dira partisan de l’abolition de la peine de mort.
Tout aussi émouvant que la dernière lettre du chahid Ahmed Zabana, premier guillotiné, à sa famille, les derniers mots prononcés par Fernand Iveton resteront gravés dans l’histoire de la guerre de libération nationale : « Je vais mourir, mais l’Algérie sera indépendante ! »
Fernand Iveton avait trente et un ans, ses deux codétenus, un peu plus de vingt ans. Sa mort secoua une opinion publique française jugée peu sensible de la tragédie algérienne. Dans la presse proche des thèses communistes, des journalistes, des historiens et des militants expriment leur indignation et sont arrivés à la conclusion que le colonialisme ne veut pas de solution politique. «Les 300 condamnés à mort d’Algérie sont, pour la plupart, des otages que l’on veut fusiller», dénonçait l’écrivain et journaliste communiste Pierre Courtade dans l’Humanité.
Selon des témoignages recueillis auprès d’autres condamnés à mort détenus dans la prison de Barberousse, Fernand Iveton marchait vers le lieu de son exécution en chantant. « Tous les détenus, c’était la tradition quand un militant était exécuté, ont commencé à crier, à faire du bruit avec n’importe quoi et à scander «Tahia el-Djazaïr» (vive l’Algérie). Après sa mort, on a fait une grève de quarante-huit heures», raconte la militante Annie Steiner, détenue dans la même prison. Devant le greffier de la prison, quelques minutes avant son exécution, il a eu ces propos qui ont inspiré plus d’un : « La vie d’un homme, la mienne, compte peu, ce qui compte, c’est l’Algérie, son avenir et l’Algérie sera libre demain.» Son bourreau témoignera en disant de lui : « Celui-là, fut un condamné à mort modèle, droit, impeccable, courageux jusqu’au couperet ».
Dans un témoignage tout aussi poignant, le militant communiste Abdelkader Guerroudj, codétenu de Fernand Iveton et lui-même condamnée à mort, raconte la scène de l’exécution à laquelle il dit avoir assisté : « (...) Son histoire a fait beaucoup de bruit à l’époque. C’était un camarade, un militant communiste. Il avait déposé une bombe dans son casier de vestiaire de l’usine de gaz d’Alger, où on l’a découverte. Je me souviens seulement des bruits, car j’étais en cellule, donc je ne peux pas dire que j’y ai assisté. Je n’ai rien vu, mais tout entendu. C’était en pleine nuit. Il y a eu un branle-bas de combat terrible vers 4 heures du matin. Immédiatement, les détenus se sont mis à crier quand ils ont compris que la guillotine venait d’entrer dans la prison.»
Cela dit, pour les dirigeants français, le cas Iveton représente un péril pour la survie de la colonisation. Il fut exécuté pour l’exemple et était accusé d’avoir tenté, selon l’expression du ministre résident en Algérie, le socialiste Robert Lacoste, d’avoir voulu « faire sauter Alger ». La vérité que l’on a cachée à l’époque, c’est que la bombe qu’il avait déposée dans les vestiaires de l’usine de gaz d’Alger ne devait exploser qu’une fois les employés sortis. D’après la fidaïa Jacqueline Guerroudj, qui lui a remis la bombe, Iveton avait exigé, au préalable, qu’elle ne fasse pas de victimes civiles. Son geste se voulait plutôt symbolique pour faire entendre la cause du peuple algérien, sans effusion de sang. Pour preuve, la bombe, de faible puissance, avait été désamorcée par les artificiers une heure avant l’heure (19 heures) à laquelle elle avait été réglée pour exploser.
Lorsqu’il a été arrêté, le 14 novembre 1956, Fernand Iveton a été présenté devant le tribunal permanent des forces armées d’Alger dix jours plus tard. Tout le monde s’acharnait sur lui. La presse colonialiste le présentait comme «un sanguinaire» et «un dynamiteur» et exigeait sa mort. Devant cette situation, où même ses avocats étaient menacés, on décida d’un procès expéditif. Le jour-même, il fut condamné à mort pour terrorisme. En France, le gouvernement socialiste et son ministre de la Justice, François Mitterrand, avaient demandé à ce que les militants du FLN dont la grâce était refusée par le chef de l’Etat soient exécutés au plus vite.
Fernand Iveton fait partie de cette lignée de militants anticolonialistes d’origine française ou européenne, et dont le combat et les sacrifices ont largement contribué à la poursuite et à, l’affermissement de la lutte pour la liberté et l’indépendance, à une époque où les appareils de répression coloniale battaient leur plein.
Adel Fathi

FIGURES HISTORIQUES

UN CHEF EXEMPLAIRE

Le chahid Hihi Mekki

GRANDES DATES

L’ALGERIE RETROUVE SES REPÈRES AMAZIGHS

Yennayer, le retour aux sources des Banu Mazigh

GUERRE DE LIBERATION
MEMOIRE

Lhyène deTikjda

Portrait du chahid Salhi Mohand Ouamer

MOUVEMENT NATIONAL

L'un des précusrsuers de la Révolution dans le Dahra

Portrait du chahid Belkacem Benyahia

UNE VILLE, UNE HISTOIRE

Des trésors à ciel ouvert

Djemâa Saharidj et son patrimoine